Guy Courtel
Contre les soumissions de la pensée
Le citoyen-spectateur était confortablement assis. Face à lui et à cette asthénie persistante qu’il avait fini par renoncer à s’expliquer, l’écran…
…total ?
Et que jouait-on ce soir, d’ailleurs ?
« Tiens !... Un sondage pré-électoral ! Ouh la !... Nos deux acteurs politiques majeurs au coude à coude !... »
Car il faut savoir qu'en ce temps-là et au sein de ce Théatre du Non-évènement, la mise en scène de l’incertitude était alors un puissant ressort dramatique. Et la construction médiatique des évènements était l’évènement.
« Tiens !... Les guignols ! »
Le citoyen-spectateur aimait assez ces rupteurs d’ordre qui ne l’envoyaient pas dire !... Et bien qu’il ne fut pas un imbécile, il manquait lui-même terriblement de... ressort et ne pouvait de ce fait imaginer que ces bouffons avaient leur façon d’être à leur place dans l’ordre ; qu’ils étaient là pour tenir ce type de discours irrévérencieux et caricatural qu'il affectionnait tant ; que les limites tolérées des « fous du Roi » étaient bel et bien fixées, ainsi toute collaboration.
Un petit geste compulsif et... hop!…une émission-débat !... "Ah !..." Le citoyen-spectateur allait enfin pouvoir cerner un peu mieux ce fichu candidat-vedette !...
Retenue et calcul… Contenu faible et répétitif… : le candidat rejouait lui aussi cette éternelle et même scène !...
Mais que disait-il, enfin ?
Que faisait-il ?
Il faisait… effet ! Son langage donnait à puiser ce qu’on pouvait ou ce que l’on souhaitait entendre en ce soir de grande fatigue…
Nouveau geste compulsif (…)