Crise d'une idéologie mondialisée

Publié le par DAI

Contre les soumissions de la pensée


Des « gauchistes » empêcheurs de tourner en rond d’hier sont devenus en 2008 des individus que personne, étrangement, ne se prend à railler dans le climat de franc cynisme qui prévalait encore il y a peu. Au Sud comme au Nord, l’intervention des Etats dans l’économie n’a plus rien d’un sujet honteux. Les Etats-Unis et leur « socialisme conjoncturel » qui ne dit pas son nom donneraient presque envie de sourire, si toutefois la violence de la crise du mode de croissance néolibéral et le cortège de souffrances sociales qu’elle ne manque pas d’aggraver étaient des sujets qui prêtent à sourire.

Comment jubiler en effet, quand cette cruelle équation fait qu’en ce moment-même des montagnes de valeurs et d’argent fou s’écroulent, pour laisser place à d’autres montagnes d’argent dont l’allocation sert aujourd’hui à sauver nombre d’acteurs qui ont contribué au tout premier plan à précipiter la faillite d’un système sans boussole, mis en place dans les années 80 ?

S’il semble à cette heure moribond au plus fort de la crise, le libéralisme économique n’est pas encore terrassé. Certains prospèrent même encore sur ce qui ressemble à des décombres…

Alors par-delà certaines utopies, qui ne font pas programme « ici et maintenant » dans cette chance historique de porter un solide coup au « monstre » faute de véritables leviers (tel par exemple un front de gauche reconstruite puissant et uni, qui ne verra pas le jour de si tôt), il est tout de même des raisons de caresser l’espoir – espoir « mesuré » faute de mieux – de changements, tant dans le climat idéologique que dans le cadre de l’action politique qui pourraient en résulter. En effet, les lignes de la théorie économique dominante ont bougé : Joseph Stiglitz ; Paul Krugman, derniers Lauréats du prix de la banque de Suède, ne sont pas à proprement parler de zélés promoteurs des vertus « naturelles » du Marché. Ainsi la crise que nous traversons donne aujourd’hui tout l’à-propos de leurs analyses alternatives, et plus globalement des analyses alternatives. Par conséquent, les lignes qui bougent ne sont plus nécessairement condamnées à faire la seule joie de ceux qui s’adonnent à des modélisations théoriques confidentielles au fond d’un quelconque laboratoire. Sur le plan politique et pour ne prendre que ces deux exemples issus des logiques de partis – quoi que j’en pense par ailleurs – différents représentants de courants forts de l’écologie dans un passé proche encore bien divisés ; « irréconciliables », ont élaboré il y a quelques semaines une déclaration commune au progressisme affirmé en vue des élections européennes. Au sein du Parti Socialiste et à l’occasion de son Congrès, encore, la motion majoritaire des tenants d’un social-libéralisme est une majorité qui devient nettement moins frondeuse et qui ne parvient plus à masquer la progressive montée en audience de l’aile gauche du parti, munie de propositions véritablement de gauche et d’une nouvelle aura.

Si l’on ne peut nier l’ampleur de toute une rhétorique stratégique dans ces derniers exemples, ce n’est en tout cas pas rien de constater que les grands espoirs et analyses hier jugés « extrêmes » et/ou hors de propos d’intellectuels et plus largement de ce qu’on appelle la « société civile » dans ses diverses composantes, finissent par pénétrer des frontières plus complètement étanches de nombre d’élites politiques et de leurs propositions. Il en est ainsi, pour ne prendre que ce seul exemple, de la réinterrogation de notre modèle de croissance ; de la notion-même de croissance, qui constituent des thématiques ayant fini par gagner leur légitimité dans les termes des débats de nombre de courants idéologiques. Je veux donc croire que le combat contre la soumission n’est pas vain…

Publié dans Politique

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