Pour un alter-développement ?

Publié le par DAI

Contre les soumissions de la pensée

La question ancienne de la domination et de l’aliénation (et sa grille de lecture inaugurale marxiste) nous accompagne sans discontinuer depuis la Révolution industrielle. Le XXème siècle a vu éclore une « troisième Révolution » ; Révolution dite « informationnelle », où l’impératif de production a bien vite perdu sa position de question centrale. On a ainsi assisté, sur une courte période, à l’émergence d’un système technicien (amplement théorisé à la fin des années 70 par Jacques Ellul1), lequel est davantage qu’une somme de techniques et est en cela « doublement » extérieur à l’homme (toute technique est en soi processus d’extériorisation des capacités de l’homme ; et la logique de système accroît l’autonomie de l’ensemble).

Selon l’expression d’Ellul, on ne peut pas « détechniciser ». Et ce système technicien, dans sa relation immédiate avec l’homme ne présente pas, qui plus est, cette caractéristique d’être médiatisé par une culture qui lui soit extérieure : il impose son ordre. Il est notre unique milieu de vie et il se présente comme un moyen efficace.

 

On peut dire en outre, d’une autre manière, qu’on ne peut pas « dé-développer » : le discours anti-développementaliste n’est pas tenable pour les raisons ci-dessus exposées. Par ailleurs, et sauf à être en présence d’un principe entropique subi et non stratégique, on voit mal comment « décroître ». Certes, le discours actuel sur la décroissance n’est pas unifié et porte en ce sens des potentialités relatives à tout débat ouvert - ce dont on ne peut que se réjouir - mais la notion ne saurait être opératoire en tant que telle ; elle n’est pas un concept, un objet sociologique mais davantage un vaste « réactif » (ce qui est déjà beaucoup…) à considérer comme tel.

Il me semble qu’il faut davantage poser les bases d’un « alter-développement » ; lesquelles postuleraient la possibilité de s’extraire de l’impensé généralisé qui accompagne le développement engendré par la troisième Révolution ci-dessus évoquée, reposant notamment sur sur une circulation (...de l'information, des flux) impensée, non pas dans ses contenus, mais dans ce que les procédés et l'autonomie à l'oeuvre supposent et engendrent (en termes de dominations, notamment).

© GC 2006

 

1 Ellul, Jacques, Le Système technicien, Eds. Le Cherche Midi, 2004  (1977 pour la première édition)

Publié dans Développement

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GC 28/05/2006 23:01

Bonsoir Denis,
Le singulier d'"alter-développement" suggèrait davantage, dans mon esprit, une alternative au concept générique de "développement "qu'une unicité (voire une uniformité) dans les contenus pratiques. Merci pour ces commentaires, qui posent bien la question, par ailleurs, d'une (possible?) théorie pour l'action.
GC
 

Deun 27/05/2006 06:49

Un alter-développement suppose que l\\\'on reste dans "le" développement, chacun à son rythme mais suivant un modèle unique. Et produisant donc un système de domination, que le système technicien, ensemble de techniques devenu insécable à l\\\'échelle mondiale, vient en quelque sorte naturaliser.Défaire ce système technicien demande certainement des techniciens d\\\'un nouveau genre, ou plutôt, que nous soyons tous ces techniciens d\\\'un nouveau genre.  Reste à caractériser cette culture technique, à lui donner corps...La grande taille comme caractéristique première des ensembles techniques (et donc humains), l\\\'objectivation-marchandisation de ce qui y circule et ce qui s\\\'échange, l\\\'unification des marchés... autant de caractéristiques à reconnaître empiriquement autour de nous. C\\\'est peut-être d\\\'ailleurs plus simple qu\\\'il n\\\'y paraît (conceptuellement) et compliqué concrètement (parce qu\\\'il faut le faire soi-même, avoir l\\\'énergie, le courage, pour).Par contraste, ce qui ne relève pas de telles mécaniques est à défendre, à consolider, à faire connaitre, même quand c\\\'est presque rien.

GC 01/03/2006 20:47

Bjr,
1/ "l'impensé généralisé" relatif au système technicien peut être illustré en évoquant son moyen privilégié : l'informatique. Actuellement, on ne pense pas l'informatique dans le sens où l'on n'interroge pas ce que son développement implique d'un point de vue du travail et des échanges, par exemple ; et plus largement des points de vue économiques (... dont l'impact sur "l'économie psychique" des individus) et sociaux.
2/ "S'en extraire", c'est le pendant de ce qui précède : ce serait parvenir à un "pensé", c'est-à-dire à une conceptualisation qui précèderait approche et action de demain, "raisonnées" au sens premier du terme...
Au plaisir, GC  
 
 

Cache-Cache Joni 01/03/2006 20:09

1/ Qu'est-ce que l'impensé généralisé ?
2/ Pourquoi faudrait-il s'en extraire ?