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Qui suis-je ?

Guy Courtel

 

Mardi 18 novembre 2008 2 18 11 2008 13:18

Contre les soumissions de la pensée


Des « gauchistes » empêcheurs de tourner en rond d’hier sont devenus en 2008 des individus que personne, étrangement, ne se prend à railler dans le climat de franc cynisme qui prévalait encore il y a peu. Au Sud comme au Nord, l’intervention des Etats dans l’économie n’a plus rien d’un sujet honteux. Les Etats-Unis et leur « socialisme conjoncturel » qui ne dit pas son nom donneraient presque envie de sourire, si toutefois la violence de la crise du mode de croissance néolibéral et le cortège de souffrances sociales qu’elle ne manque pas d’aggraver étaient des sujets qui prêtent à sourire.

Comment jubiler en effet, quand cette cruelle équation fait qu’en ce moment-même des montagnes de valeurs et d’argent fou s’écroulent, pour laisser place à d’autres montagnes d’argent dont l’allocation sert aujourd’hui à sauver nombre d’acteurs qui ont contribué au tout premier plan à précipiter la faillite d’un système sans boussole, mis en place dans les années 80 ?

S’il semble à cette heure moribond au plus fort de la crise, le libéralisme économique n’est pas encore terrassé. Certains prospèrent même encore sur ce qui ressemble à des décombres…

Alors par-delà certaines utopies, qui ne font pas programme « ici et maintenant » dans cette chance historique de porter un solide coup au « monstre » faute de véritables leviers (tel par exemple un front de gauche reconstruite puissant et uni, qui ne verra pas le jour de si tôt), il est tout de même des raisons de caresser l’espoir – espoir « mesuré » faute de mieux – de changements, tant dans le climat idéologique que dans le cadre de l’action politique qui pourraient en résulter. En effet, les lignes de la théorie économique dominante ont bougé : Joseph Stiglitz ; Paul Krugman, derniers Lauréats du prix de la banque de Suède, ne sont pas à proprement parler de zélés promoteurs des vertus « naturelles » du Marché. Ainsi la crise que nous traversons donne aujourd’hui tout l’à-propos de leurs analyses alternatives, et plus globalement des analyses alternatives. Par conséquent, les lignes qui bougent ne sont plus nécessairement condamnées à faire la seule joie de ceux qui s’adonnent à des modélisations théoriques confidentielles au fond d’un quelconque laboratoire. Sur le plan politique et pour ne prendre que ces deux exemples issus des logiques de partis – quoi que j’en pense par ailleurs – différents représentants de courants forts de l’écologie dans un passé proche encore bien divisés ; « irréconciliables », ont élaboré il y a quelques semaines une déclaration commune au progressisme affirmé en vue des élections européennes. Au sein du Parti Socialiste et à l’occasion de son Congrès, encore, la motion majoritaire des tenants d’un social-libéralisme est une majorité qui devient nettement moins frondeuse et qui ne parvient plus à masquer la progressive montée en audience de l’aile gauche du parti, munie de propositions véritablement de gauche et d’une nouvelle aura.

Si l’on ne peut nier l’ampleur de toute une rhétorique stratégique dans ces derniers exemples, ce n’est en tout cas pas rien de constater que les grands espoirs et analyses hier jugés « extrêmes » et/ou hors de propos d’intellectuels et plus largement de ce qu’on appelle la « société civile » dans ses diverses composantes, finissent par pénétrer des frontières plus complètement étanches de nombre d’élites politiques et de leurs propositions. Il en est ainsi, pour ne prendre que ce seul exemple, de la réinterrogation de notre modèle de croissance ; de la notion-même de croissance, qui constituent des thématiques ayant fini par gagner leur légitimité dans les termes des débats de nombre de courants idéologiques. Je veux donc croire que le combat contre la soumission n’est pas vain…

Par DAI - Publié dans : Politique
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Mercredi 5 novembre 2008 3 05 11 2008 09:08

Contre les soumissions de la pensée

Je veux croire que ce n’est pas un Président Noir qui a été élu aujourd’hui, mais le premier Président d’une ère post-raciale aux Etats-Unis et dans le monde. Je garde à l’esprit cette émotion et cette image extraordinaires du Révérend Jackson, "seul" avec ses larmes au milieu de la foule. Si l’on doit convenir qu’il n’y aura pas de "miracle" dans la politique Américaine des prochains mois et des prochaines années, l’évènement tient lieu, à lui seul, du "miracle"...
Je suis fier de cette Amérique-là, toute imprégnée ce matin d'un parfum de... Nouveau Monde !

Par DAI - Publié dans : Politique
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Vendredi 27 juin 2008 5 27 06 2008 19:27

Contre les soumissions de la pensée

Le paradigme du Renoncement est très présent dans un certain discours militant écologiste. L’adverbe « renoncement » prend alors toute sa valeur référentielle : c’est un « mot plein », sans complément attendu (« renoncer à (…) »). L’idée force est totalisante, car le problème est… global ! Il faut renoncer, dans la mesure où l’« ère du renoncement » s’impose à nous tel un nouvel ordre des choses qui ne souffre aucune discussion (s’autoriser à penser peut parfois même être considéré comme un luxe qu’on ne peut plus se permettre en vertu de l’« urgence »).
Est présente dans cette idéologie du Renoncement une dimension quasi-théologique de l’abnégation, en tant que phase sacrificielle en tension avec une fin des Temps annoncée. Chaque individu est donc sommé d’intérioriser en lui cet impératif du Renoncement, en cela que chacun d’entre nous porte en lui, au seuil de ladite fin des Temps, la Culpabilité. Il faut donc renoncer. Pas par conviction, mais par obligation : nous-n’avons-plus-le-choix ! Or, cette injonction paradoxale – renoncer est un acte de volonté – pose pourtant de nombreuses questions, tant d’un point de vue des consciences que du point de vue politique.

Qui est cet individu à qui l’on s’adresse, déjà ? Dans une partie de l’opinion et des discours moralisateurs dits responsabilisants, il s’agit bien souvent du citoyen-consommateur, qui est présenté comme étant un acteur central des maux dont la planète a à souffrir. Dans ce type de représentations, cet individu réifié n’est en dernière analyse qu’une des « unités interchangeables » qui forment la cohorte des coupables : il ne comprend pas – pis : il ne veut pas comprendre ; donc il ne fait pas d’effort(s) ; donc il ne renonce pas à se séparer de « l’inutile », soit cette quantité de biens matériels issus de désirs qu’il prend pour des besoins. Dans un billet intitulé « L’écologie, c’est renoncer » (… un intitulé-programme !), tel bloggeur nous rappelle ainsi que cet individu dont il est question est le membre du « nous » qui ne comprend pas, à s’enferrer sans fin et avec délectation dans l’inutile… De tels propos plutôt « Hulot-compatibles » ne sont qu’une illustration de l’idéologie véhiculée par l’animateur qui, après avoir fait « tout ce que l’on pouvait faire » – notamment en dépolitisant les enjeux climatiques –, estimait en 2007 qu’« il y a un moment où c’est la responsabilité de chacun » (In Le Grand Jury RTL-Le Figaro-LCI le 15 avril 2007). Car en dehors du fait que pour Nicolas Hulot, toutes sortes d’acteurs politiques sembleraient se valoir dès l’instant où ils sont prêts à apposer une signature sur un pacte, toute réflexion de fond sur le modèle et sur la nécessité d’engager un rapport de force politique pour faire reculer les desseins productivistes globalisants des chantres de la dérégulation ; du capitalisme financiarisé, etc. ne semble pas constituer sa priorité (lequel est par ailleurs allié à un gouvernement élu sur la base d’un slogan : «Travailler plus pour gagner plus », qui est une véritable déclaration de guerre au bénéfice du productivisme).

Le mécanisme instrumental est bien là : bien rares en effet sont les citoyens qui se déclareront ouvertement opposés à la nécessaire prise de conscience individuelle des enjeux écologiques et des gestes pour la préservation de la planète. Et c’est précisément ce puissant levier sur les consciences « individuées » qui, actionné sans fin sur un registre moralisateur ; émotionnel, va permettre d’éluder efficacement – et donc de retarder – les changements majeurs à entreprendre, tout cela au profit d’exhortations vertueuses portées par une vision du monde très… « centriste » ; où le mythe de la solution du « tout consensuel » est entretenu. Ces agents du divertissement - tels Yann Arthus Bertrand 1 également qui, lorsqu’il descend de son hélicoptère peut raisonnablement donner des leçons de morale au pêcheur pauvre de l’autre bout de la terre en lui expliquant posément et en substance que s’il continue à pêcher trop de poissons, il n’y en aura plus - nous divertissent au sens propre du terme, dans la mesure où ils nous détournent de l’opportunité de penser la radicalité politique qu’il faudrait envisager pour changer les modes de vie massifiés issus et insérés dans un modèle et une certaine idéologie, portés et amplifiés par des acteurs et des relais très puissants. Car si l’on constate en effet que dans les pays industrialisés, la sensibilité écologique fait désormais largement consensus ; que nombre de comportements quotidiens « éco-responsables » – soit correcteurs – semblent moins néfastes à l’environnement, ces actions fragmentaires – qu’il ne s’agit pas un instant de dénoncer ici – restent de portée bien modeste (…surtout si on s’interroge sur les causes et non sur les conséquences) et la meilleure conscience qu’ils peuvent procurer vient renforcer ce phénomène de divertissement. Quid pendant ce temps de l'indispensable interrogation du système global dans lequel la problématique écologique prend racine ?

Non : il ne s’agit pas tant que le citoyen-consommateur renonce à son mode de vie que de contraindre politiquement les acteurs économiques les plus puissants à ne pas violenter si brutalement les consciences en vue de créer cet emballement consommatoire au sein duquel l’individu devient plus agit qu’il n’agit ; où il finit par réagir à de violents stimuli issus de logiques et de logistiques de guerre sans réelles limitations. On peut ainsi dire que « l’objectif pour la planète » s’éloigne à mesure que le flux ininterrompu et de plus en plus dense de ces injonctions multiformes s’intensifie2. Il ne s’agit pas ici de déresponsabiliser le citoyen en tant que maillon d’une chaîne vertueuse : il s’agit davantage de démonter ladite « chaîne » afin de comprendre ses « ratées », là où la vertu devrait produire tous ses bénéfices. Le jeu de cette sollicitation permanente est donc bien un ressort majeur, en cela qu’il produit des effets qui ne postulent pas favorablement pour un appel à renoncement. Considérons par exemple, pour nous faire comprendre, qu’on ne renonce pas à des objets auxquels on ne tient pas ; que l’on ne désire pas : si l’« urbain » que je suis n’accorde aucune valeur symbolique particulière à la possession et à la jouissance d’un 4X4, cela signifie très concrètement que je n’aurai pas à y « renoncer » ! Plus largement, lorsque quelque objet-signe perd de sa valeur symbolique ou se charge en valeur négative, la question du renoncement ne se pose pas. Il convient en fait d’agir sur cette économie du désir que notre société fait efficacement prospérer dans les consciences sans véritables limites ni contrepoids, exacerbant ainsi les stratégies distinctives d’individus qui se sentent alors davantage et mieux exister s’ils possèdent l’objet préalablement transformé en objet de convoitise par son producteur et promoteur. Comme l’avait très bien analysé Baudrillard, il faut travailler la valeur – comme on travaillerait telle matière – celle-là même qui met d’accord les volontés individuelles lorsqu’elle s’impose comme un universalisme historiquement ; sociologiquement constitué.

1 On pourrait ici convoquer assez longuement l’écologiste Yann Arthus Bertrand, « photographe officiel de Ferrari, de Disneyland, du tournoi (équitable) de Roland-Garros et du Salon (propre) de l’agriculture, « YAB » a aussi offert ses services au groupe Total, protecteur des plages bretonnes et des décroissants birmans » (in CQFD n°49, oct. 2007), lequel a couvert pendant de nombreuses années le rallye Paris-Dakar avant de photographier la terre vue du ciel pour témoigner en hélicoptère de la beauté du monde (il est notamment l’inventeur de l’émission de télévision « compensée en taxe carbone », pour l’achat de fours au Cambodge afin de « compenser les montagnes de kérosène, de chlore, de bois et d’emballages qui abreuvent sa marchandise » (ibid)

2 ... sachant qu’il est illusoire de penser que les gains technologiques réalisés par la production industrielle pour produire certains objets moins polluants ; plus « propres » (…et plus économes en matières premières), constituent une avancée significative si l’on considère la constance de l’accroissement en volume de la consommation qui s’opère dans le même temps.

Par DAI - Publié dans : Sociologie
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Mercredi 19 décembre 2007 3 19 12 2007 20:13

Contre les soumissions de la pensée

Pourquoi on n'a plus le temps ?

Cette question a fait son apparition au Café-débat du 13 décembre 2007 préparé par  l'association Ulysse d'Eaubonne (Val d'Oise).

A l’époque d’un discours sur la raréfaction des « ressources », la question du temps – dont on finit par penser que lui aussi est une ressource qui se raréfie, valait bien de façon paradoxale que j'y consacre… du temps ! 

Ci-après une retranscription à peu près fidèle de mon intervention de ce soir-là... 

(...) Si l’on peut à titre individuel rétorquer que l’on a le temps ; que l’on a « du » temps – parce que nous le « prenons » ; parce que nous « nous en donnons », etc. –, il me semble que la question garde toute sa pertinente, dans la mesure où les différents espaces privés et publics dans lesquels nous évoluons – familiaux, professionnels, médiatiques, etc. nous rappellent régulièrement que la majeure partie des individus qui évoluent au sein de l’espace social semble ne plus avoir le temps.

 

Une première façon de parler du temps renvoie à ce que l’on peut appeler « le temps objectif ». Le temps objectif est un temps dont on ne peut dégager une réalité conceptuelle. Il est abstrait et impersonnel et on se le l’imagine volontiers comme une sorte de « fluide » invisible universel, qui s’écoule dans et en dehors de nous, sans fin ni retour. C’est un temps que l’on ne sait que traduire en relation avec une mesure technique opérée sur la base d’une réalité spatiale faite de mouvements cycliques de mobiles – soit les astres qui évoluent en relation avec notre environnement terrestre – et de leurs effets observables, différents selon les régions : l’alternance des saisons ; de la nuit et du jour, etc. Il est ainsi le cadre a priori et obligé de notre existence.

 

Une autre façon d’appréhender le temps, sur laquelle portera plus largement le propos, peut-être illustrée par ce premier exemple éclairant : une définition très courte, laquelle dit en tout premier lieu que le temps est « une durée limitée », avec pour illustration l’expression : « bien employer son temps ». Cette définition du Larousse de… 1947 ( !) paraît en effet intéressante à double titre : elle rapporte d’une part le temps à un temps du vivant – soit un temps limité – (...)

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Par DAI - Publié dans : Sociologie
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Vendredi 2 novembre 2007 5 02 11 2007 12:16

Je ne suis pas un grand orateur et suis assez lent ( ...ma pensée est laborieuse) : je remercie donc mon frère Jean-Claude de stimuler bien souvent l'envie d'ajouter... "du travail au travail", pour délivrer davantage en terme de rigueur. Il retrouvera dans le court texte qui suit deux... "mots-clef" qui ont alimenté une conversation animée de la veille...

La fabrique de masse à marche forcée d'un Homme nouveau est la réforme majeure à laquelle l'espèce est confrontée depuis près d'un quart de siècle. Cet Homme nouveau est le produit d'un totalitarisme économique de dimension planétaire sans fin, qui pourrait annoncer la fin du monde, s'il n'est demain aucune puissante entrave...  

L'Homme nouveau est seul. Asservi, il se vit - particulièrement dans la partie du monde riche d'accumulation de capital - libre par et pour lui-même. Agonisant, il se sent naissant ; puissant. Cet homme, lorsqu'il se trouve proche de l'état de parfait d'achèvement, se consacre tout entier à peaufiner ce qui le distingue contre tous, "les autres". Il est alors constitué en forteresse privatisée et perd la notion même d'appartenance - homme parmi les hommes. Atomisé, il prépare le suicide collectif, tout armé qu'il est de son ethique "coupée" dans laquelle il est le noyau dur de cette centralité autour de laquelle "le reste" - plus étrange et étranger que jamais - gravite (conception égocentrique de l'homme). Le "moi" est alors « (...) entouré de "formations sociales" [nota : Famille, Ecole, Ville, Industrie, etc.] que l'esprit appréhende comme s'il s'agissait d'objets situés au-delà et en dehors du Moi. ». Evaporée « l'image de nombreux individus, qui, de par leur dépendance réciproque, sont liées entre eux de multiples façons, formant ainsi des associations interdépendantes (...). » (N. Elias, in introduction à Qu'est-ce que la sociologie).

Tout l'enjeu politique, civilisationnel, est de contrarier cette production de masse, non pas pour recréer un individu du passé mythifié, mais plutôt pour aider l'Homme à se mouvoir à nouveau parmi ses prochains, de et dans la nature (...et non face à un "environnement") et dans sa culture - ses cultures - de partage et de solidarité(s), à l'encontre de ces rares déshumanisés déshumanisants bien... "achevés" qui trouvent un intérêt immédiat, privatif, à accélérer l'activité de cette gigantesque industrie de guerre contre l'Humanité. 

© GC 2007

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Par DAI - Publié dans : Sociologie
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